Archive for Salé

Les bonnes résolutions

Qui sait? Après une longue absence sur ce blog, peut-être parviendrai-je à mieux tenir le journal de mes essais culinaires de l’année. Au moins ne devrai-je plus, l’an prochain, passer ma vie dans les trains à courir d’un bout à l’autre de la France.

Il me semble que la meilleure manière de reprendre le fil de ce blog est de lier à nouveau cuisine et petites expériences de la vie. Et à ce sujet, nous rentrons tout juste d’un voyage sac à dos et transports locaux en Anatolie orientale ou Kurdistan turc. Pour ceux qui voudraient visualiser notre périple, nous avons voyagé dans les zones qui apparaissent en orange et en rouge sur le site du ministère des Affaires étrangères. Nous avions déjà approché cette zone l’an dernier (nous nous étions contenté de la zone orange, ce qui nous avait déjà occasionné quelques regards paniqués de la part d’amis, avant notre départ – « mais ils sont fous / suicidaires! » – ou, plus pragmatique, de la part de ma chef de département – « on compte sur vous pour les cours à la rentrée: ne vous faites pas enlever! ») mais cette année, je rêvais de voir deux sites: les ruines de la ville arménienne d’Ani, exactement située à la frontière avec l’Arménie, sur un site désolé et profondément émouvant, ainsi que le légendaire lac de Van (plutôt du côté de la frontière avec l’Iran).

Nous avons atterri à Antalya, ville que nous n’affectionnons guère, particulièrement en été: la ville est bondée de touristes, elle ne présente pas de grand intérêt à part la vieille ville de Kaleci, qui frise le Montmartre turc et le musée aux tarifs absolument prohibitifs (en revanche, les sites archéologiques des alentours valent le détour (outre les classiques Aspendos, Pergé et consorts, j’ai un véritable attachement pour Termessos, qui doit être la ville grecque la mieux conservée au monde et dont le site, difficilement accessible, est largement épargné par les groupes de toutous en shorts qui, pour une fois, suivent l’exemple d’Alexandre le Grand et renoncent à la prendre d’assaut. L’autre site, isolé et très touchant, est l’ancienne cité de Selgé, que nous avons visitée l’an dernier sans prendre la mesure des conditions d’acheminement et de logement et qui, pour ces raisons, a donné son nom au « plan Selgé », c’est-à-dire au plan foireux pour lequel on se demande comment cela se finira, juste quand il est trop tard pour faire demi-tour – je vous raconterai cela une autre fois – mais c’était génial).

Nous avons donc atterri à Antalya, que nous avons immédiatement quittée, rejoignant directement l’Otogar (la gare routière – oui, le turc a un côté langage SMS – nouvelle orthographe pour les nombreux mots qu’il emprunte au français). L’objectif était de prendre un bus de nuit pour une destination encore libre, quelque part loin vers l’Est, en fonction des bus qui partiraient encore. Nous arrivons à l’otogar à 17h50, avisons que deux bus partent pour Malatya à 18h, fonçons vers les guichets des compagnies. Au premier guichet, point de vendeur, mais un monsieur du guichet voisin s’adresse à nous, comme cela arrive couramment. Nous lui disons que nous partons pour Malatya, il nous embarque vers un autre guichet, par derrière, nous dit que c’est le dernier bus, fait établir les billets, me les met dans la main… et nous annonce que le bus part… à 21h! Mais, bredouillons-nous (en anglais), il y en a un à 18h – Il est plein! Bon. Juste avant de régler, je regarde quand même le billet. Sage précaution! Nous serions partis pour Göreme, c’est-à-dire pour la Cappadoce, région ultra-touristique  (très belle) dans laquelle nous ne souhaitions pas nous rendre. In extremis, il nous entraîne vers un autre guichet, où la vendeuse passe un coup de fil en urgence L’homme nous entraîne au pas de course vers les bus, puis à la sortie de l’otogar. Nous suivons sans savoir exactement où se trouve le bus, et donc où nous allons,. Nous finissons par atteindre le poste de contrôle de la gare, où l’homme nous fourre dans notre bus (le dernier!) qui nous attendait avant une longue route de 14h. En revanche, nous n’avions pas de place réellement attribuée, de sorte qu’on nous a fait changé de place à plusieurs reprises dans la nuit, au fur et à mesure que le bus se remplissait…

Au petit matin, nous arrivons à Malatya, ville peu fréquentée par les voyageurs mais qui mérite que l’on s’y arrête (sauf si l’on est diabétique!). C’est la ville des abricots, et nous en avons profité. Dès l’hôtel, on nous offre quelques abricots: à ce moment, inconscients de ce qui nous attendait, nous en profitons pleinement. Nous mettons à profit l’après-midi pour visiter la ville et son bazar, ce qui nous vaut de nombreuses sucreries offertes (mûres blanches séchées – « dut » en turc -, pâte d’abricots aux pistaches de Gaziantep, aussitôt renommée par nos soins « çok güzel » – « très bon », mais la traduction française ne rend pas compte de la saveur de cette expression constamment utilisée dans le pays -, « atom » (boule de pâte d’abricot plus proche d’une confiture épaisse, roulée dans les pistaches et autres fruits secs), abricots séchés au soleil (de grandes étendues d’abricots en cours de séchage sont ménagées dans le bazar) et, bien sûr, abricots frais.

Le lendemain, nous partons pour Battalgazi, l’ancienne Malatya: le village s’est construit dans les ruines de l’ancienne ville et on peut rencontrer un minaret de mosquée ou un tombeau de saint au milieu des champs d’abricotiers. Passons sur les 40°C à l’ombre (quand il y en a). Nous nous promenons donc, passons devant une petite école coranique, à la grande joie des enfants, saluons un vieux monsieur qui nous propose… des abricots, qu’il cueille sur les arbres qu’il possède au pied de sa maison. Non pas un, ni deux, ni dix abricots… Non, plutôt trois kilos, dans un grand sac plastique (poşeta) Nous pique-niquons sur le bords d’un champ. Plus loin, une famille trie des abricots au pied d’un arbre, comme partout dans le village. La mère vient jusqu’à nous et nous propose de venir voir leur travail. Je la suis donc, mon époux finit par nous rejoindre et ils finissent par nous inviter à déjeuner. L’histoire se finit par un gros sac de six kilos au moins d’abricots, qu’il a fallu transporter, avec les trois autres jusqu’à Malatya puis dans notre périple en bus.

Pourquoi cette longue narration? Parce que la générosité et l’accueil des habitants ont été exceptionnels pendant tout notre voyage, comme lors du précédent, et parce que la recette  que je vous propose est celle d’un plat servi lors de ce repas mémorable. Il s’agit du çaçik (prononcer tchachik), une sorte de soupe froide qui, comme son nom l’indique, rappelle le tzaziki de l’ennemi voisin  de l’Ouest. Ce plat est servi en accompagnement d’autres plats (nous l’avons testé en rentrant avec une bonne pizza maison, tomate-viande de boeuf) mais il se mange très bien tout seul.

çaçik

Les proportions sont un peu au pif, comme souvent dans la cuisine quotidienne

  • 1/2 concombre
  • 400g de fromage blanc épais ou de yoghourt grec (le yoghourt turc se ne trouve pas aisément en France)
  • 1/2 verre d’eau
  • 1 cuiller à soupe d’huile d’olive
  • 5-6 grandes feuilles de menthe fraîche taillée finement.
  • sel pour ceux qui le souhaitent

Râpez le concombre finement et le mettre à égoutter dans une passoire (je ne mets pas de sel pour le faire dégorger car je n’aime pas le sel, pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris. En revanche, on peut le presser pour faire couler l’eau plus vite). Mélanger au yoghourt, ajouter les autres ingrédients et laissez reposer un peu au frais.

C’est prêt!

Et comme je suis la reine des promesses difficilement tenues: photos bientôt! (là, j’ai un article à rendre – déjà!).

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Quand reviennent les frimas…

Je viens de me faire tirer les oreilles à la bibliothèque, pour fainéantise blogesque. Il faut avouer que lorsque je cuisine, j’ai rarement la possibilité de prendre mes plats en photo dans de bonnes conditions (car mine de rien, photographier un plat, c’est franchement compliqué, surtout en lumière artificielle), je suis rarement chez moi (boulot en province, comme d’habitude) et je n’ai pas encore la vocation de prendre en photo mes bentos.

Certains l’ont compris, j’adore me faire des pizze. S’il y a quelque chose qui me réconforte et me fait du bien, dans ma vie trépidante, c’est bien la pizza (les origines italiennes que je n’ai pas – ou les origines argentines de mon cobaye…). J’ai presque toujours à la maison une bouteille de purée de tomate, mais parfois elle vient à manquer. Dans ce cas, j’ai quelques astuces, dont une bien nourrissante et de mon point de vue savoureuse. Je remplace la tomate par… des haricots rouges! Et c’est ce que j’ai fait hier, en ayant par ailleurs recours à mes fonds de tiroir / réfrigérateur / congélateur.

Pizza aux haricots rouges

Pour la pâte à pizza, voir la recette ici.

  • une boîte de haricots kidney
  • fromage frais de vache (ou de chèvre)
  • 7-8 tranches de courgette (précoupées et cougelées de cet été)
  • 4 tranches d’aubergine grillée (de cet été également – vive le congélo!)
  • 1 oeuf frais
  • graines de cumin

Etalez la pâte. Rincez les haricots rouges, égouttez-les et écrasez-les (à la fourchette ou au presse-purée). Disposez la purée de haricots rouges sur la pâte puis ajoutez les tranches de courgette et d’aubergine, cassez l’oeuf au milieu, n’oubliez pas trois ou quatre cuillers de fromage frais et parsemez de graines de cumin (1/2 cuiller à café, pas plus).

Enfournez à chaud (180°C) pour une vingtaine de minutes (à surveiller, selon le four – le mien rend l’âme, alors tout est un peu plus compliqué).

Bon, photo prise… un jour mise…

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Reprise progressive d’activité

C’est la rentrée! Bien évidemment, elle arrive trop tôt après des vacances trop courtes, mais nous avons malgré tout pu faire une petite virée en Turquie, et plus particulièrement en Anatolie orientale que d’aucuns nomment le Kurdistan turc. Il faut croire que la gastronomie turque a laissé des traces dans mes réflexes culinaires puisqu’en rentrant, je me suis jetée sur les aubergines de mon cher producteur.

J’espère avoir le temps, un de ces jours, de vous conter quelques anecdotes sur ce magnifique voyage de trois semaines, où nous avons traversé l’Euphrate et pataugé dans le Tigre, rencontré des personnes d’une gentillesse impensable sous nos latitudes et vécu quelques situations des plus cocasses. En attendant, une recette d’aubergines farcies, tant qu’il y en a au marché. La photo n’est pas jolie car prise le soir sous lumière artificielle… et elle arrive bientôt!

Aubergines farcies:

Pour 2 personnes:

  • 1 grosse aubergine (si possible tigrée, voire blanche: elle sera plus douce)
  • 1 toute petite courgette
  • 200g d’excellente chair à saucisse (mon boucher est meilleur ouvrier de France, et cela se sent!) ou d’agneau haché.
  • 1 grosse poignée de pignons
  • quelques feuilles de menthe

Lavez et coupez en deux l’aubergine dans le sens de la longueur. Creusez  l’aubergine, sans la percer. Récupérez une partie de la chair (1 poignée) et coupez-la en tout petits morceaux. Lavez et coupez également en petits morceaux la courgette. Mélangez les morceaux d’aubergine et de courgette avec la chair à saucisse ou la viande hachée (on peut aussi ajouter des morceaux de tomates mais attention au jus). Ajoutez les pignons et remplissez les deux moitiés d’aubergine avec cette préparation.

Déposez les deux moitiés d’aubergine dans un plat allant au four. Couvrez avec un papier sulfurisé et enfournez dans un four préchauffé à 180°C. Laissez cuire pendant 40 minutes environ. Au moment du service, décorez de feuilles de menthe et dégustez.

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En passant…

Je sais que j’ai bien déserté ce blog, mais je vous assure que je n’ai pas été oisive. Outre les cours et la recherche habituels, j’étais, ces derniers mois, prise dans ces aventures (euphémisme) que d’autres partagent. J’étais donc prise dans la campagne (non pas « à la campagne », ce serait trop reposant).

J’ai aussi fêté un anniversaire important et – allez savoir pourquoi! – les cadeaux se sont partagés entre cuisine et livres (parfois les deux en même temps). J’ai donc pu tester de nouvelles choses, comme la tarte « salée » à la rhubarbe (qui est plutôt fondée sur un sucré-salé, parfaite pour pique-niquer. Attention, il faut s’y prendre bien en avance ou, mieux, la veille au soir.

Tarte fraîcheur à la rhubarbe et au gingembre de Fannie Denault:

Pour la pâte:

  • 240g de farine de blé T110
  • 1 cuiller à café de gingembre moulu
  • 100 mL d’huile d’olive
  • 50 mL d’eau froide (la recette originale donne 100 mL, mais c’est beaucoup trop. Si vous tenez à cette quantité, prévoyez environ 25g de farine en plus)
  • 1 cuiller à soupe de miel liquide (j’ai pris du miel de châtaignier, qui a un goût assez prononcé, ce qui n’est pas pour me déplaire)

Pour l’appareil:

  • 500g de rhubarbe coupée en tronçons
  • 200 mL de lait (lait de soja dans la recette originale)
  • 1 cuiller à soupe de fécule de maïs
  • 240 g de fromage de chèvre crémeux (j’ai pris des chèvres frais)
  • 1 cuiller à café de gingembre moulu

Préchauffez le four à 190°C (th. 6-7)

Dans un saladier, mélangez la farine et le gingembre. Faites un puits et versez-y les reste des ingrédients. Mélangez.

Étalez la pâte dans un moule à tarte et garnissez-la des tronçons de rhubarbe.

Battez ensemble le lait, la fécule de maïs et le fromage de chèvre. Versez l’appareil sur la pâte et la rhubarbe et saupoudrez du gingembre moulu.

Enfournez pour 50 min à 1h de cuisson. Laissez complètement refroidir puis placez la tarte au réfrigérateur pour au moins 2h. Servez bien frais.

Tiré de L’Atelier bio. Ingrédients, recettes et savoir-faire, Sète, La Plage, 2008, p. 128.

Ce que j’apprécie beaucoup dans cet ouvrage, c’est le choix de cuisiner les produits de saison. Le livre est organisé en fonction des saisons et ne propose d’utiliser que des produits effectivement compatibles. Et surtout, c’est un ouvrages de blogueuses, c’est-à-dire un ouvrage qui propose des recettes effectivement testées!

La photo est prête, mais là, je croule sous les copies et les articles à boucler.

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Je suis de retour! (enfin, presque…)

Bon, je reviens sur ce blog pour déposer une petite recette, sans plus. C’est la variante d’une recette antérieure (aux navets), elle-même piquée sur le blog de Cléa.

Gratin de ravioles, poireaux, potimarron et carvi

Gratin de ravioles aux poireaux, potimarron et carvi

  • 4 plaquettes de ravioles
  • 2 feuilles de lasagnes
  • 3 jolis petits poireaux
  • 1/4 de potimarron
  • 1 brique de crème de soja
  • 1 cuiller de graines de carvi

Dans une poêle, faire fondre à feu doux les poireaux coupés en fines lamelles dans un peu d’huile d’olive. A mi-cuisson, ajoutez le quart de potimarron rapé.

Mettez les deux feuilles de lasagne dans de l’eau bouillante afin de les précuire 2-3 minutes, puis déposez-les au fond du plat à gratin, afin d’en recouvrir à peu près le fond (s’il reste un peu d’espcae, ce n’est pas bien grave: à la limite, on peu se passer des feuilles de lasagnes). Versez un tiers de la préparation poireaux + potimarron, ajoutez quelques graines de carvi, et déposez deux feuilles de ravioles au-dessus. Remettez une portion de légumes parsemée de graines de carvi, déposez les deux dernières plaques de ravioles, la fin des légumes et carvi et versez su l’ensemble la crème de soja. Enfournez à 180°C pendant 20 minutes et dégustez.

La photo quand je peux. Là, j’ai des copies et quelques articles à corriger…

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La Princesse de Clèves aurait-elle été « publiante »?

Telle est la question posée par une enseignante-chercheuse manifestant aujourd’hui à Paris, dans un cortège réunissant – je cite une chaine vaguement « publique » – entre 17000 et 50000 personnes.

Je ne vais pas vous laisser sans recette, car c’est quand même, ici, un blog de cuisine. Mais désormais, je fais de la cuisine militante. La recette du jour figurera donc un peu plus bas.

J’ai envie, aujourd’hui, de vous faire partager ce beau pastiche de Jean-Philippe Grosperrin, éminent dix-septièmiste (entendez: spécialiste de la littérature du XVIIe siècle). Je reproduis ici le pastiche publié par Fabula. Sur cette même page de Fabula, je vous conseille aussi « L’Hypertrichose palmaire », qui met bien les points sur les i au sujet de la prétendue fainéantise des enseignants-chercheurs.

Voici, donc, La Princesse de Clèves, revue et corrigée.

Mme de Pecqueresse et M. de Sarquise

Un pastiche signé Jean-Philippe Grosperrin.

La magnificence et l’économie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Nicolas premier. Ce prince était galant, mobile et amoureux ; quoique sa passion pour la vitesse eût commencé il y avait plus de vingt ans, elle n’en était pas moins violente, et il n’en donnait pas des témoignages moins éclatants. […]

Il parut alors une réforme à l’université, qui attira les yeux de tout le monde, et l’on doit croire que c’était une réforme hasardeuse, puisqu’elle donna de l’indignation dans un lieu où l’on était si accoutumé à en voir de belles. Elle était de la même maison que l’ocde et une des plus grandes aventurières de France. Son père était introuvable, et l’avait laissée sous la conduite de Mme de Pecqueresse, dont le bien, la vertu et le mérite étaient extraordinaires. Après avoir perdu le temps à lire les oeuvres de monsieur Goethe et de monsieur Derrida, elle avait passé plusieurs années sans revenir à la cour. Pendant cette absence, elle avait donné ses soins à la formation de sa fille, mais elle ne travailla pas seulement à cultiver son esprit et sa beauté, elle songea aussi à lui donner de la performance et à la lui rendre aimable. La plupart des mères s’imaginent qu’il suffit de ne parler jamais de l’université devant les jeunes personnes pour les en éloigner. Mme de Pecqueresse avait une opinion opposée, elle faisait souvent à sa fille des peintures de l’université ; elle lui montrait ce qu’elle a d’agréable pour la persuader plus aisément sur ce qu’elle lui en apprenait de dangereux, elle lui contait le peu de productivité des professeurs, leur incurie et leurs prés carrés, les malheurs scientifiques où plongent les recrutements ; et elle lui faisait voir, d’un autre côté, quelle prospérité suivait la vie des ressources humaines, et combien la lru donnait d’éclat et d’évaluation à une personne qui avait de la docilité et de la performance, mais elle lui faisait voir aussi combien il était difficile de conserver ces vertus, que par une extrême défiance des autres et par un grand soin de s’attacher à ce qui seul peut faire le bonheur d’un chercheur, qui est d’aimer son président et d’en être caressé.

* * *

Elle passa tout le jour chez elle à se réformer, pour se trouver le soir au bal et au festin royal qui se faisait au Palais Universitaire. Lorsqu’elle arriva, l’on admira sa beauté et sa parure ; le bal commença et, comme elle dansait avec M. de Sarquise, il se fit un assez grand bruit vers la porte de la salle, comme de quelqu’un qui entrait et à qui on faisait place. Mme de Pecqueresse acheva de danser et, pendant qu’elle cherchait des yeux quelqu’un du comité de sélection qu’elle avait dessein de prendre, le roi lui cria de prendre celui qui arrivait. Elle se tourna et vit un homme qu’elle crut d’abord ne pouvoir être que M. de Secours, qui passait par-dessus quelques décrets pour arriver où l’on dansait. Ce prince était fait d’une sorte qu’il était difficile de n’être pas surprise de le voir quand on ne l’avait jamais vu, surtout ce soir-là, où le soin qu’il avait pris de s’autonomiser, augmentait encore l’air brillant qui était dans sa personne, mais il était difficile aussi de voir Mme de Pecqueresse pour la première fois sans en avoir un grand étonnement.

M. de Secours fut tellement surpris de sa lru que, lorsqu’il fut proche d’elle et qu’elle lui fit la révérence, il ne put s’empêcher de donner des marques de son admiration. Quand ils commencèrent à danser, il s’éleva dans la salle un murmure de louanges. Le roi et les reines se souvinrent qu’ils ne s’étaient jamais lus, et trouvèrent quelque chose de singulier de les voir danser et se jauger sans se connaître. Ils les appelèrent quand ils eurent fini sans leur donner le loisir de parler à personne et leur demandèrent, s’ils n’avaient pas bien envie de savoir qui ils étaient et s’ils ne s’en doutaient point.

– Pour moi, madame, dit M. de Secours, je n’ai pas d’incertitude, mais comme Mme de Pecqueresse n’a pas les mêmes raisons pour deviner qui je suis que celles que j’ai pour la reconnaître, je voudrais bien que Votre Majesté eût la bonté de lui apprendre mon rang.

– Je crois, dit Mme la dauphine, qu’elle le sait aussi bien que vous savez le sien.

– Je vous assure, madame, reprit Mme de Pecqueresse, qui paraissait un peu embarrassée, que je ne réforme pas si bien que vous pensez.

– Vous réformez fort bien, répondit Mme la dauphine, et il y a même quelque chose d’obligeant pour M. de Secours à ne vouloir pas avouer que vous l’évaluez sans l’avoir jamais lu.

Les amateurs auront apprécié, je n’en doute pas.

Moi, je me suis contentée, aujourd’hui, d’enseigner une nouvelle chanson de manif à mes camarades de manifestation:

Sur l’air du lapin et du chasseur de Chantal Goya: « Ce matin – un crétin – a tué un chercheur. C’était un crétin – qui – C’était un crétin – qui – s’app’lait S…..y »

Yoric a rappelé récemment les revendications des acteurs du Supérieur qui n’ont certainement pas reçu de « preuves d’amour » de leur ministre, mais au contraire du mépris.

Mais pour manifester, il faut des forces:

tarte potimarron comté

Tarte toute simple au potimarron et au comté :

  • 2 verres de farine grise
  • 3 cuillers à soupe d’huile d’olive
  • 1/2 verre d’eau tiède
  • 1 potimarron moyen
  • comté

Préparer la pâte à tarte : mélangez la farine, l’huile et l’eau. Etalez la pâte dans un moule.

Faites cuire le potimarron, soit en l’immergeant dans un grand volume d’eau, soit en le découpant en morceaux que vous ferez cuire avec un peu d’eau dans une casserole couverte. Ecrasez la chair du potimarron (à la fourchette, cela marche très bien). Salez si vous le souhaitez. Répartissez le potimarron sur la pâte, disposez des lamelles de comté au-dessus de l’ensemble et enfournez, à four chaud, pendant envron 20 minutes (à 180°C, c’est bien).

A déguster, par exemple, avant de participer à la lecture marathon de La Princesse de Clèves le lundi 16 février, devant le Panthéon, à partir de 15h. Tout le monde peut participer!

Mise à jour du 11 février:

Le Comié Lafayette du pays d’Aix organise une lecture-marathon de La Princesse de Clèves, décidément subversive, le mercredi 18 février de 14h à 20h, place de la Mairie à Aix.

Et une autre manifestation à Grenoble: De quoi La Princesse de Clèves est-elle le non? Jeudi 12 février de 13h30-15h30, amphi 5.

Mise à jour du 14 février:

D’autres lectures, à Montpellier le jeudi 19 janvier. Rendez-vous à 14h devant le café Joseph, place Jean-Jaurès et à Tours le lundi 16 février (texte original et traductions en différentes langues). A Tours, l’ouverture de la lecture se fera à l’Université, 3 rue des Tanneurs, dans le hall, puis salle 67. La fin de la lecture se fera à 20, à la librairie La Boîte à Livres, 19 rue Nationale. Signalons également diverses lectures de proximité un peu partout dans la ville. Avignon sera aussi de la partie le mardi 17 février, à la gare centrale, à partir de 15h30.

Source: Fabula.

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Lasagne Day

En ce moment, je croule sous les copies: je corrige en série, souvent jusqu’à deux heures du matin avant d’attraper mon train pour la Picardie, vaille que vaille… Alors, quand j’ai vu se rapprocher dangereusement la date limite du Lasagne Day, je me suis demandée, entre un commentaire de « La Laitière et le pot au lait » et un autre sur « Le Chartier embourbé », si je n’allais pas proposer des lasagnes de prof. Mesdames et messieurs… les voici!

Alors il vous faut:

  • cinq copies doubles, avec, si possible, tout plein de fautes d’orthographe
  • des perles d’étudiants
  • un stylo rouge

Bon, je l’admets, c’est un peu indigeste…

En fait, je ne ne suis pas certaine que chacun ait ces ingrédients sous la main. Voici donc une autre version, faite avec les fonds du réfrigérateur parce que je n’ai pas trop le temps de faire les courses. Le résultat est un peu trop salé à mon goût, mais j’ai l’habitude de manger sans sel.

lasagnes tomates courgettes chèvre

Lasagnes aux courgettes séchées, tomates confites, verts de poireaux et brebis frais

Pour deux personnes:

Pour la pâte:

  • 2 oeufs (en fait, une troisième couche eût été la bienvenue mais j’ai fait avec ce que j’avais: prévoir 3 oeufs peut-être)
  • 200g de farine, T 80 pour moi (300g si 3 oeufs)

Pour la garniture:

  • Courgettes séchées marinées dans l’huile
  • Tomates séchées confites dans l’huile (maison pour moi, donc à l’huile d’olive et à l’ail)
  • 1 fromage de brebis frais (120g, acheté au bio, c’est bien meilleur). Je verrai bien aussi la recette avec des tomates cerises, mais en l’état, je ne suis pas satisfaite de leur mode de production et de leurs emballages bien polluants.
  • 100g de comté
  • des verts de poireaux coupés en petits morceaux
  • un peu d’huile d’olive

Pour faire la pâte: sortez à l’avance vos oeufs afin qu’ils soient à température ambiante. Dans un saladier, versez la farine, faites un puits et cassez-y les oeufs. Mélangez puis passez au laminoir jusqu’à l’épaisseur souhaitée (moi, je m’arrête à l’avant-dernier cran) si vous avez une machine à pâtes. Sinon, étalez la pâte au rouleau à pâtisserie.

Dans un plat à gratin, versez un filet d’huile d’olive et déposez une première feuille de pâte fraîche. Répartissez des courgettes séchées, les tomates, et une partie du fromage frais. On peut éventuellement ajouter un peu de crème mais je ne l’ai pas fait. Recouvrez d’une feuille de pâte puis des verts de poireaux. Emiettez encore un peu de fromage frais. Alternez les couches en fonctions des quantités et de vos envies. Terminez par une couche de pâte recouverte de bon comté. Enfournez à chaud (180°C, au pif, car toujours pas de thermostat) pour demi-heure.

Voilou!

PS: les yoghourts marchent du tonnerre, je vous résume cela un de ces jours. Je tiens le bon bout, ça y est!

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