Promesse tenue: la mastérisation des concours de l’enseignement et une nouvelle version des croquants

Il était temps. Depuis le temps que je vous l’annonçais, je commence donc ma série d’explications sur les raisons du mouvement universitaire. Depuis le 2 février, l’Université est en grève, après avoir alerté pendant des mois des dangers aigus des contre-réformes que le gouvernement fait passer en force.

J’entends aujourd’hui le « le mouvement est fini » et, globalement, les media ne parlent désormais que d’un mouvement étudiant. Ah bon? Je croyais que cette année, pour la première fois, le mouvement était parti des enseignants-chercheurs. Et ils ne sont pas prêts d’abandonner, une fois les examens passés. D’ailleurs, avez-vous remarqué, les media traditionnels n’ont commencé à réellement parler du mouvement que lorsque la question des examens s’est posée? Cela faisait pourtant déjà trois mois que nos étudiants n’avaient plus cours…

Premier point:

La mastérisation des concours

Aujourd’hui, un futur enseignant doit avoir une licence (trois années après le baccalauréat). L’étudiant prépare pendant un an le concours du CAPES, qui comporte des épreuves disciplinaires variées et en nombre conséquent. S’il est lauréat, il bénéficie d’une formation alternée à l’IUFM en tant qu’élève professeur stagiaire. Cette formation rémunérée après le concours est fondamentale puisqu’elle permet au jeune enseignant d’apprendre son métier dans le cadre d’un service réduit avec un tuteur (1/3 d’un service normal) avec un support pédagogique. Au terme de ce parcours, le jeune enseignant a donc étudié cinq ans après le baccalauréat, mais toutes ces années ne sont pas reconnues.
La mastérisation prétend élever le niveau de recrutement au niveau master (bac+5).  Or, c’est déjà le cas: il suffirait de reconnaître que les années de préparation au concours et de formation correspondent à un master. La mastérisation affaiblit malheureusement le niveau et la formation des futurs enseignants. Lors de la première année de master, l’étudiant doit mener un travail de recherche affaibli (bien inférieur au travail de master 1 actuel) ; préparer un concours (sur le contenu duquel je reviendrai) ; trouver un bout de stage. Le concours intervient au début de la deuxième année de master. On s’en doute, à courir après trois lièvres à la fois, on ne fait rien de bien. Le concours est lui-même fort affaibli puisque le nombre d’épreuves est considérablement réduit, la part disciplinaire est réduite à une peau de chagrin au profit d’épreuves théoriques sur la connaissance du monde éducatif (très idéologique). Nous arrivons à un concours aberrant, puisqu’un futur professeur d’anglais n’aura pas besoin de parler anglais à l’oral : l’épreuve de langue disparaît !

Les lauréats au concours n’auront enfin plus d’année de stage digne de ce nom et ils seront directement envoyés sur le terrain. L’enseignement est un métier qui s’apprend. Nos enfants seront donc directement victimes de cette absence de formation et de cette probable incompétence disciplinaire.

Par ailleurs, quid des étudiants inscrits en master enseignement mais qui échouent au concours ? Ils seront remplaçants (et précaires) : n’étant pas fonctionnaires, ils pourront être embauchés à un salaire défiant toute concurrence – sinon celle des étudiants n’affichant que le baccalauréat et qui pourront également être embauchés comme enseignants, comme en témoignait dès cette année la page du rectorat de l’académie de Versailles ou d’Orléans ainsi que les témoignages de certaines UFR de l’Université de Tours, que le rectorat a directement sollicitées afin qu’elles fournissent les établissements scolaires en étudiants simplement inscrits en licence. Tenez, savez-vous que dès maintenant, des agences d’intérim proposent des emplois de professeur des écoles?

La réforme des lycée prévoit que l’Etat se désengage financièrement (comme pour l’Université)  Les chefs d’établissements devront donc trouver l’argent ailleurs. Et là où le Conseil Régional n’aura pas assez de fonds à avancer, comme dans les régions plus pauvres (je pense à ma Picardie, nouvelle patrie d’adoption), ce sera aux parents de payer! Et comme les chefs d’établissements recruteront les profs, ils prendront les moins chers , donc les moins qualifiés, dans les régions les plus pauvres. Des écoles pour les riches, des écoles pour les pauvres: tous les Français n’auront droit à pas la même éducation, ce qui est pourtant un principe républicain.

Et comme la négociation, la mobilisation et les grèves, cela ne compte pas, le gouvernement fait passer en force cette mastérisation qui devait finalement être préparée par une commission spécifique rendant ses conclusions à la mi-juillet… courant juin!

Conclusion : la mastérisation affaiblit lourdement le niveau des enseignants, la qualité de formation de nos enfants et met à mal l’égalité scolaire sur l’ensemble du territoire, qui est un principe républicain. En ce sens, les conséquences sociales peuvent être dramatiques, en ce qu’elle créera des ghettos scolaires, dans le cadre du désengagement financier de l’État tel qu’il a été annoncé. La réforme des lycées, rappelons-le, n’est repoussées que d’un an (et lancée en fait dès cette années dans certains lycées pilotes) : or, avec un baccalauréat qui ne sera plus un diplôme national et une formation des enseignants qui ne sera pas plus nationale (les jours du concours du CAPES sont comptés, afin de laisser la place à un master enseignement, c’est-à-dire à un diplôme propre à chaque université), c’est le fonds commun de notre éducation qui est mis à mal. Le corps social en France fonde sa cohérence sur une éducation commune à tous les citoyens : c’est sur ce principe que s’est bâtie la République. Toucher à ce principe, ce que font ces contre-réformes, c’est instaurer les conditions d’une situation sociale explosive, alors même que les banlieues sont déjà affectées par un lourd sentiment d’exclusion et que la violence y est quotidienne.

Dans cette lutte contre la mastérisation, qui par ailleurs met à mal la viabilité des masters recherche (et donc l’avenir de la recherche française: voir le prochain billet) et qui propose, sous prétexte non avoué d’économies, d’offrir à nos enfants des enseignants dont on n’aura pas vérifié les compétences et qui, pour certains, ne seront même plus professeurs, je vous propose une nouvelle version de mes croquants, dont je suis plutôt fière, afin de prendre des forces.

croquants aux pistaches et aux abricots secs

Croquants aux abricots et aux pistaches:

  • 3 oeufs
  • 150g de sucre
  • 400g de farine T 80 (ou autre!)
  • 4 bonnes poignées de pistaches non salées
  • 10 abricots secs (bios, c’est meilleur! Ils ne sont pas huilés et pas resucrés)

Mettez à gonfler les abricots secs dans de l’eau tiède pendant une dizaine de minutes.

Battez les oeufs et le sucre. Ajoutez la farine tamisée. Mélangez bien, afin d’obtenir une boule de pâte (qui peut être un peu collante, ce n’est pas grave). Ajoutez les abricots coupés en morceaux et les pistaches. Divisez la pâte en deux boules puis confectionnez deux boudins que vous disposez sur une plaque farinée. Enfournez à 180°C pendant environ une demi-heure. C’est prêt lorsque les boudins commencent à blondir.

Sortez alors du four puis, avec un bon couteau, coupez le boudin en tranches, laissez refroidir et stockez dans une boîte hermétique.

Une réserve d’énergie pour défendre l’école républicaine (vous êtes au courant des accords Vatican, entérinés par décret? A l’Ecole publique, nos enfants pourront recevoir des cours d’enseignants formés… par le Vatican. Quid de la laïcité?)

photo très vite!

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Un commentaire »

  1. Hélène said

    J’aime bien la cuisine engagée! Même si on préférerait à coup sûr ne pas avoir à en passer par là…
    Bon résumé d’une situation en effet extrêmement grâve. J’ajouterai simplement que ce tour de passe passe exige également des étudiants qu’ils se financent 5 ans au lieu de 4 et que le projet actuel interdit les candidats libres puisqu’il exige la validation du master notamment par l’assiduité. Autrement dit : ce qui compte n’est plus la compétence réelle du candidat (que l’on ne se donne plus les moyens de juger) et encore moins sa compétence pédagogique (puisqu’on se débarasse de la seule chose qui marchait vraiment dans la formation pédagogique : le stage en responsabilité), mais le fait qu’il ait fait acte de présence à une formation dont le contenu est pour le moins nébuleux.
    Quant à l’objectif premier, il est à coup sûr économique puisque cela permet de ne plus payer de salaires à des stagiaires qui ne font qu’un tiers de service effectif. De fait, il n’est tout simplement pas possible, dans un contexte de nette remontée démographique, de supprimer un enseignant partant à la retraite sur deux sans faire des économies structurelles. Les effectifs par classe dans le primaire et au collège ont déjà beaucoup monté et arrivent à saturation. Les classes de plus de trente ont toujours été la norme au lycée. Il faut donc bien les trouver ailleurs ces profs à supprimer. Il faut bien se rendre compte que « fonctionnaire » ne signifie pas « parasite inutile » mais « personne au service de l’Etat » exerçant dans des domaines aussi futiles que l’éducation, la justice ou la santé. « Supprimer des postes de fonctionnaires » cela signifie donc attaquer directement la qualité des ces services publics essentiels. La vigueur de cette attaque saute actuellement aux yeux dans l’éducation (ailleurs également mais je connais moins bien ces dossiers) et empêche de mener la réflexion indispensable qui permettrait de réformer utilement l’éducation.

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