La Princesse de Clèves aurait-elle été « publiante »?

Telle est la question posée par une enseignante-chercheuse manifestant aujourd’hui à Paris, dans un cortège réunissant – je cite une chaine vaguement « publique » – entre 17000 et 50000 personnes.

Je ne vais pas vous laisser sans recette, car c’est quand même, ici, un blog de cuisine. Mais désormais, je fais de la cuisine militante. La recette du jour figurera donc un peu plus bas.

J’ai envie, aujourd’hui, de vous faire partager ce beau pastiche de Jean-Philippe Grosperrin, éminent dix-septièmiste (entendez: spécialiste de la littérature du XVIIe siècle). Je reproduis ici le pastiche publié par Fabula. Sur cette même page de Fabula, je vous conseille aussi « L’Hypertrichose palmaire », qui met bien les points sur les i au sujet de la prétendue fainéantise des enseignants-chercheurs.

Voici, donc, La Princesse de Clèves, revue et corrigée.

Mme de Pecqueresse et M. de Sarquise

Un pastiche signé Jean-Philippe Grosperrin.

La magnificence et l’économie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Nicolas premier. Ce prince était galant, mobile et amoureux ; quoique sa passion pour la vitesse eût commencé il y avait plus de vingt ans, elle n’en était pas moins violente, et il n’en donnait pas des témoignages moins éclatants. […]

Il parut alors une réforme à l’université, qui attira les yeux de tout le monde, et l’on doit croire que c’était une réforme hasardeuse, puisqu’elle donna de l’indignation dans un lieu où l’on était si accoutumé à en voir de belles. Elle était de la même maison que l’ocde et une des plus grandes aventurières de France. Son père était introuvable, et l’avait laissée sous la conduite de Mme de Pecqueresse, dont le bien, la vertu et le mérite étaient extraordinaires. Après avoir perdu le temps à lire les oeuvres de monsieur Goethe et de monsieur Derrida, elle avait passé plusieurs années sans revenir à la cour. Pendant cette absence, elle avait donné ses soins à la formation de sa fille, mais elle ne travailla pas seulement à cultiver son esprit et sa beauté, elle songea aussi à lui donner de la performance et à la lui rendre aimable. La plupart des mères s’imaginent qu’il suffit de ne parler jamais de l’université devant les jeunes personnes pour les en éloigner. Mme de Pecqueresse avait une opinion opposée, elle faisait souvent à sa fille des peintures de l’université ; elle lui montrait ce qu’elle a d’agréable pour la persuader plus aisément sur ce qu’elle lui en apprenait de dangereux, elle lui contait le peu de productivité des professeurs, leur incurie et leurs prés carrés, les malheurs scientifiques où plongent les recrutements ; et elle lui faisait voir, d’un autre côté, quelle prospérité suivait la vie des ressources humaines, et combien la lru donnait d’éclat et d’évaluation à une personne qui avait de la docilité et de la performance, mais elle lui faisait voir aussi combien il était difficile de conserver ces vertus, que par une extrême défiance des autres et par un grand soin de s’attacher à ce qui seul peut faire le bonheur d’un chercheur, qui est d’aimer son président et d’en être caressé.

* * *

Elle passa tout le jour chez elle à se réformer, pour se trouver le soir au bal et au festin royal qui se faisait au Palais Universitaire. Lorsqu’elle arriva, l’on admira sa beauté et sa parure ; le bal commença et, comme elle dansait avec M. de Sarquise, il se fit un assez grand bruit vers la porte de la salle, comme de quelqu’un qui entrait et à qui on faisait place. Mme de Pecqueresse acheva de danser et, pendant qu’elle cherchait des yeux quelqu’un du comité de sélection qu’elle avait dessein de prendre, le roi lui cria de prendre celui qui arrivait. Elle se tourna et vit un homme qu’elle crut d’abord ne pouvoir être que M. de Secours, qui passait par-dessus quelques décrets pour arriver où l’on dansait. Ce prince était fait d’une sorte qu’il était difficile de n’être pas surprise de le voir quand on ne l’avait jamais vu, surtout ce soir-là, où le soin qu’il avait pris de s’autonomiser, augmentait encore l’air brillant qui était dans sa personne, mais il était difficile aussi de voir Mme de Pecqueresse pour la première fois sans en avoir un grand étonnement.

M. de Secours fut tellement surpris de sa lru que, lorsqu’il fut proche d’elle et qu’elle lui fit la révérence, il ne put s’empêcher de donner des marques de son admiration. Quand ils commencèrent à danser, il s’éleva dans la salle un murmure de louanges. Le roi et les reines se souvinrent qu’ils ne s’étaient jamais lus, et trouvèrent quelque chose de singulier de les voir danser et se jauger sans se connaître. Ils les appelèrent quand ils eurent fini sans leur donner le loisir de parler à personne et leur demandèrent, s’ils n’avaient pas bien envie de savoir qui ils étaient et s’ils ne s’en doutaient point.

– Pour moi, madame, dit M. de Secours, je n’ai pas d’incertitude, mais comme Mme de Pecqueresse n’a pas les mêmes raisons pour deviner qui je suis que celles que j’ai pour la reconnaître, je voudrais bien que Votre Majesté eût la bonté de lui apprendre mon rang.

– Je crois, dit Mme la dauphine, qu’elle le sait aussi bien que vous savez le sien.

– Je vous assure, madame, reprit Mme de Pecqueresse, qui paraissait un peu embarrassée, que je ne réforme pas si bien que vous pensez.

– Vous réformez fort bien, répondit Mme la dauphine, et il y a même quelque chose d’obligeant pour M. de Secours à ne vouloir pas avouer que vous l’évaluez sans l’avoir jamais lu.

Les amateurs auront apprécié, je n’en doute pas.

Moi, je me suis contentée, aujourd’hui, d’enseigner une nouvelle chanson de manif à mes camarades de manifestation:

Sur l’air du lapin et du chasseur de Chantal Goya: « Ce matin – un crétin – a tué un chercheur. C’était un crétin – qui – C’était un crétin – qui – s’app’lait S…..y »

Yoric a rappelé récemment les revendications des acteurs du Supérieur qui n’ont certainement pas reçu de « preuves d’amour » de leur ministre, mais au contraire du mépris.

Mais pour manifester, il faut des forces:

tarte potimarron comté

Tarte toute simple au potimarron et au comté :

  • 2 verres de farine grise
  • 3 cuillers à soupe d’huile d’olive
  • 1/2 verre d’eau tiède
  • 1 potimarron moyen
  • comté

Préparer la pâte à tarte : mélangez la farine, l’huile et l’eau. Etalez la pâte dans un moule.

Faites cuire le potimarron, soit en l’immergeant dans un grand volume d’eau, soit en le découpant en morceaux que vous ferez cuire avec un peu d’eau dans une casserole couverte. Ecrasez la chair du potimarron (à la fourchette, cela marche très bien). Salez si vous le souhaitez. Répartissez le potimarron sur la pâte, disposez des lamelles de comté au-dessus de l’ensemble et enfournez, à four chaud, pendant envron 20 minutes (à 180°C, c’est bien).

A déguster, par exemple, avant de participer à la lecture marathon de La Princesse de Clèves le lundi 16 février, devant le Panthéon, à partir de 15h. Tout le monde peut participer!

Mise à jour du 11 février:

Le Comié Lafayette du pays d’Aix organise une lecture-marathon de La Princesse de Clèves, décidément subversive, le mercredi 18 février de 14h à 20h, place de la Mairie à Aix.

Et une autre manifestation à Grenoble: De quoi La Princesse de Clèves est-elle le non? Jeudi 12 février de 13h30-15h30, amphi 5.

Mise à jour du 14 février:

D’autres lectures, à Montpellier le jeudi 19 janvier. Rendez-vous à 14h devant le café Joseph, place Jean-Jaurès et à Tours le lundi 16 février (texte original et traductions en différentes langues). A Tours, l’ouverture de la lecture se fera à l’Université, 3 rue des Tanneurs, dans le hall, puis salle 67. La fin de la lecture se fera à 20, à la librairie La Boîte à Livres, 19 rue Nationale. Signalons également diverses lectures de proximité un peu partout dans la ville. Avignon sera aussi de la partie le mardi 17 février, à la gare centrale, à partir de 15h30.

Source: Fabula.

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2 commentaires »

  1. Hélène said

    Joli « exercice d’invention » que ce pastiche! Ceci dit, mes première m’en ont fait un il n’y a pas si longtemps à partir d’une « lettre persane » dont la teneur politique était assez proche de celle-là pour environ les deux tiers de la classe (le troisième tiers s’étant contenté de sujets vastes et consensuels que je leur ai d’ailleurs conseillé de choisir à l’avenir. Il s’agit quand même de passer le bac… Mais cela fait plaisir de se sentir proche de son public).
    Je dois avouer que je trouve assez savoureux (blog de cuisine, n’est ce pas) qu’un livre comme « La Princesse de Clèves » (je ne sais pas faire les italiques) trouve une si belle force subversive en ces circonstances si déprimantes sur le fond. J’aurais adoré assister et participer à cette lecture.

  2. pernette said

    Tu peux toujours organiser celle de Lille! Tu veux des contacts avec des collègues de Lille 3? Je suis certaine de pouvoir en trouver des motivés.

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