« Des pois au lard cum commento »

A l’aide, j’ai perdu mon tuba ! Les copies, la thèse, les cours… La brasse coulée ce mois-ci se résumait à « coulée ». Heureusement, certains petits malins m’ont offert des bonus blagues à la fin de leur copie – pour me changer les idées j’imagine. Il y a également les blagues involontaires, mais je resterai discrète sur ce point : je ne veux pas passer pour une fieffée sadique (même si j’essaie de faire croire à mes chère têtes blondes que c’est ce que je suis). En fait, je ne résiste pas à vous livrer l’une d’entre elles, cueillie dans une copie d’histoire littéraire de licence 1re année : avez-vous lu le dernier Gala ? On y apprend en effet qu’Iseult vit désormais une grande histoire d’amour avec… Christian ! Une vraie mangeuse d’hommes !

Gargantua

 

Depuis que j’en ai fini avec les copies et je peux me mettre à la préparation de mes cours (pour la thèse, je ne désespère pas), je lis plein de choses rigolotes. Par exemple, savez-vous que les géants au XVIe siècle revêtent un enjeu nationaliste aigu ? Tout part d’un superbe ouvrage, né de la redécouverte de textes babyloniens, égyptiens, araméens, grecs, latins, publiés et commentés par Annius de Viterbe à la toute fin du XVe siècle. Ces textes, perdus puis retrouvés, comme cela arrivait souvent à l’époque, montrent que la civilisation en Europe est née chez les Etrusques, descendants directs des Géants bibliques que sont Noé et sa famille. Sauf que ces textes commentés de près… sont des faux, inventés pour la cause ! Annius organise même de fausses fouilles archéologiques dans sa ville natale, Viterbe, pour appuyer ses conclusions. L’objectif est plutôt réactionnaire puisqu’il s’agit de lancer une contre-Renaissance qui fonde la prééminence italienne sur des ancêtres étrusques et non romains (donc grecs) et justifier le pouvoir terrestre du Pape sur l’ensemble de la péninsule. C’est très amusant, puisque ces thèses (sans la portée polémique et nationaliste de Viterbe en faveur des origines étrusques de la civilisation) sont reprises par divers auteurs au XVIe siècle.

 

L’un de ces auteurs, Jean Lemaire de Belges, nous explique ainsi que les descendants de Noé, les Noachides, se sont installés en Gaule après le Déluge, puis ils sont partis en Asie mineure, à Troie notamment. Lors de la chute de Troie, Francus, le fils d’Hector, est retourné, avec quelques compagnons, sur la terre de ses ancêtres, en France. Charlemagne est issu de cette lignée de Gallogrecs qui ont apporté la civilisation et l’imperium (le pouvoir). Et cette lignée court jusqu’au XVIe siècle : il va de soi que François Ier, par sa taille exceptionnelle à l’époque, descend de ces Géants (là, ce ne sont plus les propos de Lemaire mais une extrapolation de ses thèses). Ses prétentions pour dominer l’ensemble de l’Europe, et plus particulièrement l’Italie, contre Charles Quint, sont donc parfaitement légitimes…

Un rien m’amuse, je sais…

Et tout cela pour parler de Gargantua aux 3e années…

Alors pour nous remettre de ces émotions, une recette toute simple, improvisée ce week-end parce qu’à force de préparer un cours sur Rabelais, la faim commence à se faire sentir… Une base du traditionnel gâteau au yoghourt, un peu adaptée.

cake poires cardamone

 

Gâteau cardamoné à la poire et aux raisins sec :

  • 1 yoghourt (et son pot comme doseur)
  • 1 pot de farine blanche et 1 pot de farine complète T110
  • 2 cuillers à soupe de miel de châtaigner
  • 1/2 pot d’huile
  • 3 oeufs
  • 1/2 cuiller à café de cardamone verte en poudre
  • 1 cuiller à café de cannelle
  • 2 ou 3 poires coupées en morceaux
  • raisins de Corinthe (mais peut-être sont-ils en fait étrusques, qui sait ?) secs (bios de préférence, car sans sucre ajouté, sinon, réduire les quantités de sucre)

Tout mélanger. Enfourner à four moyen (je n’ai toujours pas de thermostat. Je dirais 180°C maximum). Laisser cuire une demi-heure: le gâteau est cuit quand un couteau glissé dans la pâte ressort sec.

C’est déjà prêt !

Le jeu sur l’origine de mes titres est toujours valide. Un indice : ce n’est pas un vers, mais il s’agit bien d’un texte du XVIe siècle.

Publicités

2 commentaires »

  1. Léopold said

    Ne s’agit-il pas du même auteur que de l’immortel traité « De la dignité des braguettes »?… 😉

    Bon, en même temps, la réponse étant quasiment dans la question (ou pas loin), ça aide.

    Attention tout de même, cuisiner sous l’emprise de Rabelais, ça peut mener loin… ça commence avec du yaourt aux fruits secs, mais…

  2. François said

    Mais ça m’intéresse ça, alors! Des faux de littérature légendaire à perspective nationaliste avant Ossian? miam, on se régale. Un visiteur à La Devinière m’avait déjà demandé s’il y avait un rapport entre le géant Gargantua et la grandeur de François 1er. Je ne savais trop que répondre, mais tu donnes là une piste très intéressante.
    Et dire que je m’attendais à une recette de cassoulet…

RSS feed for comments on this post · TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :