Archive pour février, 2008

“Un liquide d’ambre s’est répandu”

Depuis quelque temps déjà, je lorgne du côté des huiles essentielles : tout d’abord, parce que je suis une grosse insomniaque qui ne veut pas prendre de somnifères et qui cherche désespérément un moyen de dormir. Ensuite, parce que certaine huiles essentielles peuvent être utilisées en cuisine et remplacent ainsi avantageusement les arômes artificiels.

Après une longue période d’épuisement et de surmenage, de manque d’imagination culinaire voire de profond manque d’appétit (aisément visible sur ce blog où les billets se faisaient rares), une fin d’après-midi, alors qu’un ami devait passer prendre le thé, l’envie de cuisiner m’est revenue… et les idées aussi! J’ai donc envoyé en urgence mon cher cobaye acheter de l’huile essentielle d’orange douce que j’ai associée au petit goût de la châtaigne et à quelques raisins de Corinthe (bios, s’il-vous-plaît, afin d’éviter le sucre et la graisse ajoutés) pour une nouvelle version du fameux gâteau au yoghourt. Résultat: des petits cakes qui se marièrent joliment avec un thé Qimen Hao Ya.

cake orange châtaigne

Cakes à l’orange, châtaigne et raisins de Corinthe :

  • 1 yoghourt
  • 2 oeufs
  • 2 pots (de yoghourt, une fois vidés) de farine blanche
  • 1 pot de farine de châtaigne
  • 1 pot et demi de cassonade complète brune
  • 1sachet de levure
  • 1/2 pot d’huile
  • 4 gouttes d’huile essentielle d’orange amère bio
  • raisins de Corinthe (bios, sinon, réduisez le sucre)

Mélangez tous les ingrédients, dans l’ordre que vous préférez (en général, yoghourt, oeufs, farine, sucre, huile puis levure, et enfin huile essentielle et raisins secs – mais chacun ses manies !). Versez la pâte dans un moule à cake ou dans des moules à muffins et enfournez une vingtaine de minutes à 180°C. C’est cuit quand la lame d’un couteau glissée dans le gâteau ressort sèche.

Les gâteaux (j’ai choisi le format muffins) sont meilleurs quand ils sont encore chauds ou le lendemain, après avoir passé la nuit dans une boîte au réfrigérateur.

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“Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage…”

Oyez, oyez ! Ceci est ma première réclame officielle ! Mardi soir, nous nous sommes offert une petite soirée restaurant à deux, afin de faire une petite pause dans notre vie trépidante. Ce n’est pas la première fois que nous nous rendons au Mare Monte, un petit restaurant dans le 15e arrondissement, mais nous en ressortons toujours dans une douce euphorie (sans alcool) et avec le sentiment d’avoir mangé le meilleur poisson de Paris. Du poisson, me direz-vous, mais autant rester chez soi pour du poisson!

Alors là, je vous arrête. Le Mare Monte est un restaurant franco-chypriote qui propose des poissons entiers et ultra-frais (achetés tous les deux jours et en petites quantités) simplement grillé avec de l’huile d’olive, quelques herbes et un peu de gros sel. Pas de sauce qui dénature le goût ou qui cacherait la fraîcheur doûteuse de la bête. La spécialité ? Le bar et la dorade. On sait toujours si le poisson est sauvage ou d’élevage. Le poids n’est pas plus mystérieux. Un peu d’honnêteté dans ce monde sans pitié, cela fait du bien ! Et le rapport qualité / prix est idéal: menu à 15 euros et poisson à la carte entre 14 et 22 euros (le poisson sauvage est un peu plus cher, mais divin). D’expérience, le poisson à la carte est meilleur et bien plus gros.

De quoi nous sommes-nous régalés ?

tarama

En entrée, nous nous sommes partagés un assortiment de feuilletés au fromage, épinards-fromage et pignons-viande (6 par assiette) et une bonne assiette de tarama, fait maison, et c’est ce qui fait la différence ! Tarama rose-fluo de restaurants grecs et celui du rayon frais du supermarché du coin (vous savez, ce truc immonde et parfaitement immangeable, plein de cochonneries – et je ne parle pas que du colorant) s’abstenir. C’est bon et frais. Il faut compter environ 7 euros à la carte pour ces deux assiettes copieuses.

feuilletes

C’est sans vergogne ni retenue que nous nous sommes jetés sur le bar sauvage (un bar de 600g pour chacun !). Il faut bien avouer que c’est notre plat préféré ici, mais la dorade vaut également le détour (je crois qu’ils en achètent 4 pour 2 jours, ils sont donc souvent en rupture de stock – gage de fraîcheur !). Ils proposent également des brochettes de thon et, dans mon souvenir des noix de Saint-Jacques flambées (plats jamais testés – je ne voudrais pas être privée de mon bar préféré !).

bar grille

Alors, ce bar… Un vrai bonheur… Je ne touche même pas au citron flanqué sur le bord de l’assiette. C’est dire qu’il est fin ! Le poisson est accompagné d’une garniture au choix: nous choisissons en général les haricots verts frais, mais il y a également moins diététique (riz à l’épine-vinette, frites…).

orange orientale 1

Pour ceux qui ont encore de la place pour un dessert, mais ce n’est pas garanti, ne manquez pas l’orange à l’orientale (autour de 7 euros). Les autres desserts valent nettement moins le coup. En revanche, une orange et ses lamelles d’écorces confites dans un sirop à la cannelle et aux clous de girofle… Hummmmm !!! Une vraie tuerie ! Un jour, j’essaierai de reproduire ce petit bijou culinaire (et pas sucré, avec tout ce sirop…), mais pour le moment, je le déguste avec délectation après m’être pâmée devant mon bar (le poisson, hein ? n’allez pas imaginer autre chose…).

Vous l’aurez compris : je suis fan absolue, et je ne m’en cache pas. J’assume !

orange orientale 2

Et pour la route, un petit loukoum à la rose ?

loukoum

Restaurant Mare Monte

19, avenue Félix Faure

75 015 Paris

M° Félix Faure

tél: 01 44 26 10 77

Fermé le dimanche soir et le lundi toute la journée.

Un peu excentré, mais la cuisine mérite vraiment le détour !

(et je n’ai pas de parts dans l’entreprise, promis !)

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“Des pois au lard cum commento”

A l’aide, j’ai perdu mon tuba ! Les copies, la thèse, les cours… La brasse coulée ce mois-ci se résumait à “coulée”. Heureusement, certains petits malins m’ont offert des bonus blagues à la fin de leur copie – pour me changer les idées j’imagine. Il y a également les blagues involontaires, mais je resterai discrète sur ce point : je ne veux pas passer pour une fieffée sadique (même si j’essaie de faire croire à mes chère têtes blondes que c’est ce que je suis). En fait, je ne résiste pas à vous livrer l’une d’entre elles, cueillie dans une copie d’histoire littéraire de licence 1re année : avez-vous lu le dernier Gala ? On y apprend en effet qu’Iseult vit désormais une grande histoire d’amour avec… Christian ! Une vraie mangeuse d’hommes !

Gargantua

 

Depuis que j’en ai fini avec les copies et je peux me mettre à la préparation de mes cours (pour la thèse, je ne désespère pas), je lis plein de choses rigolotes. Par exemple, savez-vous que les géants au XVIe siècle revêtent un enjeu nationaliste aigu ? Tout part d’un superbe ouvrage, né de la redécouverte de textes babyloniens, égyptiens, araméens, grecs, latins, publiés et commentés par Annius de Viterbe à la toute fin du XVe siècle. Ces textes, perdus puis retrouvés, comme cela arrivait souvent à l’époque, montrent que la civilisation en Europe est née chez les Etrusques, descendants directs des Géants bibliques que sont Noé et sa famille. Sauf que ces textes commentés de près… sont des faux, inventés pour la cause ! Annius organise même de fausses fouilles archéologiques dans sa ville natale, Viterbe, pour appuyer ses conclusions. L’objectif est plutôt réactionnaire puisqu’il s’agit de lancer une contre-Renaissance qui fonde la prééminence italienne sur des ancêtres étrusques et non romains (donc grecs) et justifier le pouvoir terrestre du Pape sur l’ensemble de la péninsule. C’est très amusant, puisque ces thèses (sans la portée polémique et nationaliste de Viterbe en faveur des origines étrusques de la civilisation) sont reprises par divers auteurs au XVIe siècle.

 

L’un de ces auteurs, Jean Lemaire de Belges, nous explique ainsi que les descendants de Noé, les Noachides, se sont installés en Gaule après le Déluge, puis ils sont partis en Asie mineure, à Troie notamment. Lors de la chute de Troie, Francus, le fils d’Hector, est retourné, avec quelques compagnons, sur la terre de ses ancêtres, en France. Charlemagne est issu de cette lignée de Gallogrecs qui ont apporté la civilisation et l’imperium (le pouvoir). Et cette lignée court jusqu’au XVIe siècle : il va de soi que François Ier, par sa taille exceptionnelle à l’époque, descend de ces Géants (là, ce ne sont plus les propos de Lemaire mais une extrapolation de ses thèses). Ses prétentions pour dominer l’ensemble de l’Europe, et plus particulièrement l’Italie, contre Charles Quint, sont donc parfaitement légitimes…

Un rien m’amuse, je sais…

Et tout cela pour parler de Gargantua aux 3e années…

Alors pour nous remettre de ces émotions, une recette toute simple, improvisée ce week-end parce qu’à force de préparer un cours sur Rabelais, la faim commence à se faire sentir… Une base du traditionnel gâteau au yoghourt, un peu adaptée.

cake poires cardamone

 

Gâteau cardamoné à la poire et aux raisins sec :

  • 1 yoghourt (et son pot comme doseur)
  • 1 pot de farine blanche et 1 pot de farine complète T110
  • 2 cuillers à soupe de miel de châtaigner
  • 1/2 pot d’huile
  • 3 oeufs
  • 1/2 cuiller à café de cardamone verte en poudre
  • 1 cuiller à café de cannelle
  • 2 ou 3 poires coupées en morceaux
  • raisins de Corinthe (mais peut-être sont-ils en fait étrusques, qui sait ?) secs (bios de préférence, car sans sucre ajouté, sinon, réduire les quantités de sucre)

Tout mélanger. Enfourner à four moyen (je n’ai toujours pas de thermostat. Je dirais 180°C maximum). Laisser cuire une demi-heure: le gâteau est cuit quand un couteau glissé dans la pâte ressort sec.

C’est déjà prêt !

Le jeu sur l’origine de mes titres est toujours valide. Un indice : ce n’est pas un vers, mais il s’agit bien d’un texte du XVIe siècle.

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