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Très chers et nombreux lecteurs,

Je reviendrai bientôt, porteuse du brillant titre de “docteure ès lettres” (enfin, j’espère)… D’ici-là, cuisinez bien!

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Promesse tenue: la mastérisation des concours de l’enseignement et une nouvelle version des croquants

Il était temps. Depuis le temps que je vous l’annonçais, je commence donc ma série d’explications sur les raisons du mouvement universitaire. Depuis le 2 février, l’Université est en grève, après avoir alerté pendant des mois des dangers aigus des contre-réformes que le gouvernement fait passer en force.

J’entends aujourd’hui le “le mouvement est fini” et, globalement, les media ne parlent désormais que d’un mouvement étudiant. Ah bon? Je croyais que cette année, pour la première fois, le mouvement était parti des enseignants-chercheurs. Et ils ne sont pas prêts d’abandonner, une fois les examens passés. D’ailleurs, avez-vous remarqué, les media traditionnels n’ont commencé à réellement parler du mouvement que lorsque la question des examens s’est posée? Cela faisait pourtant déjà trois mois que nos étudiants n’avaient plus cours…

Premier point:

La mastérisation des concours

Aujourd’hui, un futur enseignant doit avoir une licence (trois années après le baccalauréat). L’étudiant prépare pendant un an le concours du CAPES, qui comporte des épreuves disciplinaires variées et en nombre conséquent. S’il est lauréat, il bénéficie d’une formation alternée à l’IUFM en tant qu’élève professeur stagiaire. Cette formation rémunérée après le concours est fondamentale puisqu’elle permet au jeune enseignant d’apprendre son métier dans le cadre d’un service réduit avec un tuteur (1/3 d’un service normal) avec un support pédagogique. Au terme de ce parcours, le jeune enseignant a donc étudié cinq ans après le baccalauréat, mais toutes ces années ne sont pas reconnues.
La mastérisation prétend élever le niveau de recrutement au niveau master (bac+5).  Or, c’est déjà le cas: il suffirait de reconnaître que les années de préparation au concours et de formation correspondent à un master. La mastérisation affaiblit malheureusement le niveau et la formation des futurs enseignants. Lors de la première année de master, l’étudiant doit mener un travail de recherche affaibli (bien inférieur au travail de master 1 actuel) ; préparer un concours (sur le contenu duquel je reviendrai) ; trouver un bout de stage. Le concours intervient au début de la deuxième année de master. On s’en doute, à courir après trois lièvres à la fois, on ne fait rien de bien. Le concours est lui-même fort affaibli puisque le nombre d’épreuves est considérablement réduit, la part disciplinaire est réduite à une peau de chagrin au profit d’épreuves théoriques sur la connaissance du monde éducatif (très idéologique). Nous arrivons à un concours aberrant, puisqu’un futur professeur d’anglais n’aura pas besoin de parler anglais à l’oral : l’épreuve de langue disparaît !

Les lauréats au concours n’auront enfin plus d’année de stage digne de ce nom et ils seront directement envoyés sur le terrain. L’enseignement est un métier qui s’apprend. Nos enfants seront donc directement victimes de cette absence de formation et de cette probable incompétence disciplinaire.

Par ailleurs, quid des étudiants inscrits en master enseignement mais qui échouent au concours ? Ils seront remplaçants (et précaires) : n’étant pas fonctionnaires, ils pourront être embauchés à un salaire défiant toute concurrence – sinon celle des étudiants n’affichant que le baccalauréat et qui pourront également être embauchés comme enseignants, comme en témoignait dès cette année la page du rectorat de l’académie de Versailles ou d’Orléans ainsi que les témoignages de certaines UFR de l’Université de Tours, que le rectorat a directement sollicitées afin qu’elles fournissent les établissements scolaires en étudiants simplement inscrits en licence. Tenez, savez-vous que dès maintenant, des agences d’intérim proposent des emplois de professeur des écoles?

La réforme des lycée prévoit que l’Etat se désengage financièrement (comme pour l’Université)  Les chefs d’établissements devront donc trouver l’argent ailleurs. Et là où le Conseil Régional n’aura pas assez de fonds à avancer, comme dans les régions plus pauvres (je pense à ma Picardie, nouvelle patrie d’adoption), ce sera aux parents de payer! Et comme les chefs d’établissements recruteront les profs, ils prendront les moins chers , donc les moins qualifiés, dans les régions les plus pauvres. Des écoles pour les riches, des écoles pour les pauvres: tous les Français n’auront droit à pas la même éducation, ce qui est pourtant un principe républicain.

Et comme la négociation, la mobilisation et les grèves, cela ne compte pas, le gouvernement fait passer en force cette mastérisation qui devait finalement être préparée par une commission spécifique rendant ses conclusions à la mi-juillet… courant juin!

Conclusion : la mastérisation affaiblit lourdement le niveau des enseignants, la qualité de formation de nos enfants et met à mal l’égalité scolaire sur l’ensemble du territoire, qui est un principe républicain. En ce sens, les conséquences sociales peuvent être dramatiques, en ce qu’elle créera des ghettos scolaires, dans le cadre du désengagement financier de l’État tel qu’il a été annoncé. La réforme des lycées, rappelons-le, n’est repoussées que d’un an (et lancée en fait dès cette années dans certains lycées pilotes) : or, avec un baccalauréat qui ne sera plus un diplôme national et une formation des enseignants qui ne sera pas plus nationale (les jours du concours du CAPES sont comptés, afin de laisser la place à un master enseignement, c’est-à-dire à un diplôme propre à chaque université), c’est le fonds commun de notre éducation qui est mis à mal. Le corps social en France fonde sa cohérence sur une éducation commune à tous les citoyens : c’est sur ce principe que s’est bâtie la République. Toucher à ce principe, ce que font ces contre-réformes, c’est instaurer les conditions d’une situation sociale explosive, alors même que les banlieues sont déjà affectées par un lourd sentiment d’exclusion et que la violence y est quotidienne.

Dans cette lutte contre la mastérisation, qui par ailleurs met à mal la viabilité des masters recherche (et donc l’avenir de la recherche française: voir le prochain billet) et qui propose, sous prétexte non avoué d’économies, d’offrir à nos enfants des enseignants dont on n’aura pas vérifié les compétences et qui, pour certains, ne seront même plus professeurs, je vous propose une nouvelle version de mes croquants, dont je suis plutôt fière, afin de prendre des forces.

croquants aux pistaches et aux abricots secs

Croquants aux abricots et aux pistaches:

  • 3 oeufs
  • 150g de sucre
  • 400g de farine T 80 (ou autre!)
  • 4 bonnes poignées de pistaches non salées
  • 10 abricots secs (bios, c’est meilleur! Ils ne sont pas huilés et pas resucrés)

Mettez à gonfler les abricots secs dans de l’eau tiède pendant une dizaine de minutes.

Battez les oeufs et le sucre. Ajoutez la farine tamisée. Mélangez bien, afin d’obtenir une boule de pâte (qui peut être un peu collante, ce n’est pas grave). Ajoutez les abricots coupés en morceaux et les pistaches. Divisez la pâte en deux boules puis confectionnez deux boudins que vous disposez sur une plaque farinée. Enfournez à 180°C pendant environ une demi-heure. C’est prêt lorsque les boudins commencent à blondir.

Sortez alors du four puis, avec un bon couteau, coupez le boudin en tranches, laissez refroidir et stockez dans une boîte hermétique.

Une réserve d’énergie pour défendre l’école républicaine (vous êtes au courant des accords Vatican, entérinés par décret? A l’Ecole publique, nos enfants pourront recevoir des cours d’enseignants formés… par le Vatican. Quid de la laïcité?)

photo très vite!

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Et maintenant… Que vais-je faire?

Question lancinante qui me trotte musicalement dans la tête.

Chers amis lecteurs ou passants d’un clic, j’ai ENFIN une grande nouvelle à vous annoncer. Après quatre ans et demi de gestation (oui, c’est digne d’un pachyderme, comme l’ont fait gentiment remarquer mes petits étudiants picards), j’ai déposé ma thèse. Oui, oui… Vous avez bien lu! Son petit nom est un peu compliqué, je ne sais pas si je peux vous le donner.  Je ne l’ai pas encore pesée, comme pour les nouveaux-nés, mais je peux déjà vous dire qu’elle fait 655 pages, avec les annexes (pauvre jury!). Pour ceux que cela intéresse, la soutenance aura lieu le mercredi 17 juin 2009, en Sorbonne. Pour plus de renseignements, n’hésitez pas à vous manifester (au cas où j’oublierais certains dans le mail d’invitation). Les soutenances sont publiques, tout le monde peut venir (pis j’aurai besoin de soutien: cinq heures sous la mitraille! Oups! Je n’aurais pas dû dire que cela durait cinq heures…).

religieuse violette

Après avoir laissé passer mon anniversaire, délaissé la cuisine et n’avoir pas assez tourné à mon goût à la ronde des obstinés, je vais pouvoir rattraper un peu de temps. Par conséquent, je reprends le cap des recettes militantes et m’efforce de vous expliquer au plus vite les raisons de la grève des universités, qui dure depuis plus de trois mois, face à un gouvernement sourd et irresponsable. J’insiste sur le fait que ce n’est absolument pas un mouvement corporatiste, tout le monde est concerné. Je commencerai par le démantèlement de l’école républicaine (dont une bonne part porte le doux nom de “masterisation”), dont nous refusons de nous rendre complices.

Pour l’instant, je profite des beaux jours (j’ai découvert que nous étions au printemps, qu’il y avait des fleurs et des petits oiseaux), tout en me promenant avec une pancarte ridicule proposant aux passants et à mes compagnons de train / métro / RER / bus de leur expliquer les raisons d’une grève qui dure et qui n’est pas honnêtement relayée par les media traditionnels (sauf France inter et France culture, oui, Hélène). Super efficace aussi, comme technique, dans les vide-greniers printaniers.

En attendant, un lien utile: Sauvons l’Université. Et quelques explications par Yoric.

C’était un billet pour donner des nouvelles à tous ceux (très nombreux, je le sais), qui se demandaient où j’étais passée.

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La ronde infinie des obstinés

J’ai bien des recettes en réserve, mais pas trop le temps de les mettre en ligne (surtout depuis que je sais que – roulement de tambour… – je soutiendrai effectivement ma thèse en juin). Ouf!

Il est toutefois des causes fondamentales pour l’avenir de notre société. La semaine dernière, j’ai fait une parenthèse dans mes 70h de travail hebdomadaires pour participer à une lecture publique de Gargantua (parce que nous ne sommes pas fatigués). Parmi les très nombreuses actions de l’université en grève (nous commençons la huitième semaine!!!) toujours pas  honnêtement relayées (sauf sur Radio France et Libération), nous entamons aujourd’hui La Ronde infinie des obstinés, place de Grève à Paris (place de l’Hôtel-de-ville). Parce que nous sommes déterminés.

Venez vous joindre à la

Ronde infinie des obstinés

à l’initiative de l’université Paris 8

Sous le nom de “Ronde infinie des obstinés”, nous organisons la marche permanente de tous ceux qui, à un titre ou à un autre, estiment que l’idée même d’Education Nationale, d’université, d’enseignement et de recherche est mise à mal par les réformes actuelles. Non, l’université n’est pas une entreprise ni le savoir une marchandise.

Lundi 16 mars 2009, un ultimatum a été lancé publiquement place de l’Hôtel de Ville de Paris Une première ronde a réuni une soixantaine de personnes qui ont tourné pendant 1h, en guise d’avertissement. (Le film de cette action est ici et un autre ).

Si le gouvernement ne répond pas à cet appel d’ici le 23 mars à midi, la ronde se mettra en marche, jour et nuit, en place de grève (parvis de l’Hôtel de Ville de Paris).

Cette action inédite et lancinante est à la mesure de notre détermination. Cette ronde est un lieu de partage, de débats et de palabre, de réflexion, de résistance.

Nous appelons tous les citoyens solidaires à venir se joindre à la ronde infinie des obstinés.

Venez quand bon vous semble. Vous pouvez aussi signaler votre participation individuellement ou collectivement sur une tranche horaire particulière à : http://www.doodle.com/dwgnpdqdf2qg2cki

Plus de renseignements sur Sauvons l’Université, et surtout sur le blog consacré à l’action.

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Les yoghourts militants

Le temps a passé: je peux enfin faire un bilan de ma production hebdomadaire de yoghourts, qui est un soutien efficace à l’action à laquelle ont dû se résoudre, depuis plus d’un mois, les enseignants-chercheurs et les chercheurs, rejoints depuis par les étudiants.

chaises piquantes

Chers lecteurs: malgré ce que prétendent les media, les rares fois où ils parlent de nous, rien n’est résolu. Aujourd’hui, dimanche 8 mars 2009, l’Université française est en grève depuis plus d’un mois. Après divers ultimatum (ultimata?), l’Université est en grève depuis le 2 février, date du début du second semestre dans la majorité des établissements français. Depuis donc 34 jours, nous suspendons les cours, manifestons toutes les semaines, organisons des lectures publiques de la Princesse de Clèves et autres horreurs culturelles. Depuis 34 jours, le gourvernement est proprement autiste, alors que pour la première fois de notre histoire, les enseignants-chercheurs et les chercheurs de tous les bords politiques, de la droite ultra-conservatrice à la gauche la plus militante, mènent un mouvement d’une ampleur inégalée.

Malgré les annonces du gouvernement, rien n’a été fait, aucune avancée n’a eu lieu: le gouvernement ne prétend négocier que sur un micro-point des revendications, qui sont par ailleurs très largement déformées. Il faut dire que pour le moment, le syndicat largement majoritaire, le Snesup, n’est pas de la partie: car la conception de la négociation et du dialogue nourrie par le gouvernement revient à rester sur ses positions et à “expliquer”, ce qui est une fort mauvaise base de discussion. Par ailleurs, l’interlocuteur privilégié du ministère semble être la CPU (la Conférence des Président d’Universités) qui, rappelons-le, n’a aucun mandat représentatif puisque les présidents sont élus pour accomplir des tâches administratives et pour diriger l’Université. Bref, imaginez que dans le cadre d’un conflit social avec des travailleurs du privé, le gouvernement négocie avec le MEDEF et non avec les représentants du personnel! Enfin, le gouvernement s’obstine à tenir à l’écart les deux principales associations qui portent le mouvement depuis le début, Sauvons la Recherche et Sauvons l’Université. C’est gênant, non, surtout quand le gouvernement fait de fausses annonces!

tableau_gréviste

L'Enseignement Supérieur dans deux ans? Comme cette salle!

Rien, donc. Rien sur la “masterisation” qui détruit la formation des enseignants de la maternelle au secondaire, qui choisit de recruter les futurs enseignants non sur leurs compétences disciplinaires mais sur leur capacité à recracher l’idéologie ministérielle en matière de pédagogie et d’organigramme (cf. l’article de Pierre Dubois, Nathalie Vienne-Guérin et Sarah Hatchuel). Cette “materisation” qui nous promet, à terme, de mauvais enseignants, dont on n’aura pas vérifié les compétences, pour les pauvres (les riches auront toujours les écoles privées!). Cette masterisation qui nous propose, bientôt, la privatisation de l’Ecole républicaine.

chaises_grévistes

Désormais, c’est démissions en cascades, déménagement du mobilier de la fac (voici les exploits de mes étudiants lundi dernier, sur la photo ci-dessus – je n’ai vu le résultat que le lendemain. Pour cette semaine, l’appel vient de Grenoble) et actions en séries, tous les jours de la semaine quelque part en France (pour la semaine qui vient, voir le calendrier). C’est bizarre, les media n’en parlent pas beaucoup, alors qu’il se passe quelque chose tous les jours…

Et les yoghourts, dans tout cela, me direz-vous? Eh bien ils aident à faire le plein de calcium et à reprendre des forces pour tenir bon, car nous ne sommes pas prêts de céder. Ce sont nos enfants, dès les années à venir et pour plusieurs décennies, qui vont faire les frais de cette réforme hautement régressive: enseignants incompétents, aucune perspective d’ascension sociale pour les élèves, fermeture des études supérieures aux classes les moins favorisées (je pense en particulier à mes étudiants picards), précarisation des enseignants, et, même si je n’en ai pas parlé ici, sclérose et mort de la recherche.

Cela vous tente?

yoghourts_militants

Yoghourts anti-masterisation des concours de l’enseignement (et contre le reste de la réforme “Pécresse” aussi):

  • 1 L de lait entier
  • 1 yoghourt, de bonne qualité, bien ferme (du type de ceux qui sont vendus dans des pots en verre)
  • 1 cocotte-minute

Après de multiples essais, voici la méthode adoptée, que je réussis à tous les coups. Chouette!

Faites bouillir la moitié du lait (1/2 L) et retirez du feu. Ôtez la peau du lait, ajoutez l’autre demi-litre de lait, froid, et mélangez bien. Battez le yoghourt dans le lait, si possible avec un fouet en bois. Versez le mélange des des pots (je prends des grands pots, cela permet d’en mettre plus dans la cocotte).

Versez de l’eau bien chaude au fond de la cocotte, disposez-y les pots (il faut que l’eau monte assez haut). Fermez la cocotte et, pour bien conserver la chaleur, emballez la cocotte dans une couverture ou un châle en fourrure polaire ou que sais-je encore. Gardez dans un coin 8 ou 10 heures. Pour ma part, je les fais le soir et les garde au chaud toute la nuit. Le matin, mettez-les au réfrigérateur et laissez reposer au moins 2h (plus, c’est mieux). Avec le temps, ils se bonifient.

De manière générale, les yoghourts sont meilleurs à partir de la deuxième fournée (car bien sûr, vous réutilisez votre production pour les suivante!).

Mon petit plaisir est d’avoir des petits pots en verre avec un couvercle en caoutchouc (donc réutilisables): ainsi, je peux ajouter ma confiture maison, des grains de pollen ou tout autres bonnes choses au-dessus et emporter le tout au travail. Si ce n’est pas motivant, ensuite, de faire grève!

Au passage: comme mes collègues, j’ai beau faire grève, je viens toujours à la fac à mes heures de service. Je prends le train, rencontre mes étudiants, récupère leurs devoirs, leur en donne d’autres, réponds à leurs questions, etc… Faire grève n’a jamais signifié se tourner les pouces devant la télé.

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Je ferais mieux de publier… ou de cuisiner!

Mais là, j’en ai franchement marre d’entendre des propos non seulement insultants mais également mensongers.

Et si nous commentions, avec une collègue, un certain discours du 22 janvier?

Je reviendrai quand je serai à peu près calmée, vous raconter la dernière de mes étudiants de première année (heureusement qu’ils sont là!). Et puis, pourquoi pas, reparler cuisine?

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La Princesse de Clèves aurait-elle été “publiante”?

Telle est la question posée par une enseignante-chercheuse manifestant aujourd’hui à Paris, dans un cortège réunissant – je cite une chaine vaguement “publique” – entre 17000 et 50000 personnes.

Je ne vais pas vous laisser sans recette, car c’est quand même, ici, un blog de cuisine. Mais désormais, je fais de la cuisine militante. La recette du jour figurera donc un peu plus bas.

J’ai envie, aujourd’hui, de vous faire partager ce beau pastiche de Jean-Philippe Grosperrin, éminent dix-septièmiste (entendez: spécialiste de la littérature du XVIIe siècle). Je reproduis ici le pastiche publié par Fabula. Sur cette même page de Fabula, je vous conseille aussi “L’Hypertrichose palmaire”, qui met bien les points sur les i au sujet de la prétendue fainéantise des enseignants-chercheurs.

Voici, donc, La Princesse de Clèves, revue et corrigée.

Mme de Pecqueresse et M. de Sarquise

Un pastiche signé Jean-Philippe Grosperrin.

La magnificence et l’économie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Nicolas premier. Ce prince était galant, mobile et amoureux ; quoique sa passion pour la vitesse eût commencé il y avait plus de vingt ans, elle n’en était pas moins violente, et il n’en donnait pas des témoignages moins éclatants. […]

Il parut alors une réforme à l’université, qui attira les yeux de tout le monde, et l’on doit croire que c’était une réforme hasardeuse, puisqu’elle donna de l’indignation dans un lieu où l’on était si accoutumé à en voir de belles. Elle était de la même maison que l’ocde et une des plus grandes aventurières de France. Son père était introuvable, et l’avait laissée sous la conduite de Mme de Pecqueresse, dont le bien, la vertu et le mérite étaient extraordinaires. Après avoir perdu le temps à lire les oeuvres de monsieur Goethe et de monsieur Derrida, elle avait passé plusieurs années sans revenir à la cour. Pendant cette absence, elle avait donné ses soins à la formation de sa fille, mais elle ne travailla pas seulement à cultiver son esprit et sa beauté, elle songea aussi à lui donner de la performance et à la lui rendre aimable. La plupart des mères s’imaginent qu’il suffit de ne parler jamais de l’université devant les jeunes personnes pour les en éloigner. Mme de Pecqueresse avait une opinion opposée, elle faisait souvent à sa fille des peintures de l’université ; elle lui montrait ce qu’elle a d’agréable pour la persuader plus aisément sur ce qu’elle lui en apprenait de dangereux, elle lui contait le peu de productivité des professeurs, leur incurie et leurs prés carrés, les malheurs scientifiques où plongent les recrutements ; et elle lui faisait voir, d’un autre côté, quelle prospérité suivait la vie des ressources humaines, et combien la lru donnait d’éclat et d’évaluation à une personne qui avait de la docilité et de la performance, mais elle lui faisait voir aussi combien il était difficile de conserver ces vertus, que par une extrême défiance des autres et par un grand soin de s’attacher à ce qui seul peut faire le bonheur d’un chercheur, qui est d’aimer son président et d’en être caressé.

* * *

Elle passa tout le jour chez elle à se réformer, pour se trouver le soir au bal et au festin royal qui se faisait au Palais Universitaire. Lorsqu’elle arriva, l’on admira sa beauté et sa parure ; le bal commença et, comme elle dansait avec M. de Sarquise, il se fit un assez grand bruit vers la porte de la salle, comme de quelqu’un qui entrait et à qui on faisait place. Mme de Pecqueresse acheva de danser et, pendant qu’elle cherchait des yeux quelqu’un du comité de sélection qu’elle avait dessein de prendre, le roi lui cria de prendre celui qui arrivait. Elle se tourna et vit un homme qu’elle crut d’abord ne pouvoir être que M. de Secours, qui passait par-dessus quelques décrets pour arriver où l’on dansait. Ce prince était fait d’une sorte qu’il était difficile de n’être pas surprise de le voir quand on ne l’avait jamais vu, surtout ce soir-là, où le soin qu’il avait pris de s’autonomiser, augmentait encore l’air brillant qui était dans sa personne, mais il était difficile aussi de voir Mme de Pecqueresse pour la première fois sans en avoir un grand étonnement.

M. de Secours fut tellement surpris de sa lru que, lorsqu’il fut proche d’elle et qu’elle lui fit la révérence, il ne put s’empêcher de donner des marques de son admiration. Quand ils commencèrent à danser, il s’éleva dans la salle un murmure de louanges. Le roi et les reines se souvinrent qu’ils ne s’étaient jamais lus, et trouvèrent quelque chose de singulier de les voir danser et se jauger sans se connaître. Ils les appelèrent quand ils eurent fini sans leur donner le loisir de parler à personne et leur demandèrent, s’ils n’avaient pas bien envie de savoir qui ils étaient et s’ils ne s’en doutaient point.

– Pour moi, madame, dit M. de Secours, je n’ai pas d’incertitude, mais comme Mme de Pecqueresse n’a pas les mêmes raisons pour deviner qui je suis que celles que j’ai pour la reconnaître, je voudrais bien que Votre Majesté eût la bonté de lui apprendre mon rang.

– Je crois, dit Mme la dauphine, qu’elle le sait aussi bien que vous savez le sien.

– Je vous assure, madame, reprit Mme de Pecqueresse, qui paraissait un peu embarrassée, que je ne réforme pas si bien que vous pensez.

– Vous réformez fort bien, répondit Mme la dauphine, et il y a même quelque chose d’obligeant pour M. de Secours à ne vouloir pas avouer que vous l’évaluez sans l’avoir jamais lu.

Les amateurs auront apprécié, je n’en doute pas.

Moi, je me suis contentée, aujourd’hui, d’enseigner une nouvelle chanson de manif à mes camarades de manifestation:

Sur l’air du lapin et du chasseur de Chantal Goya: “Ce matin – un crétin – a tué un chercheur. C’était un crétin – qui – C’était un crétin – qui – s’app’lait S…..y”

Yoric a rappelé récemment les revendications des acteurs du Supérieur qui n’ont certainement pas reçu de “preuves d’amour” de leur ministre, mais au contraire du mépris.

Mais pour manifester, il faut des forces:

tarte potimarron comté

Tarte toute simple au potimarron et au comté :

  • 2 verres de farine grise
  • 3 cuillers à soupe d’huile d’olive
  • 1/2 verre d’eau tiède
  • 1 potimarron moyen
  • comté

Préparer la pâte à tarte : mélangez la farine, l’huile et l’eau. Etalez la pâte dans un moule.

Faites cuire le potimarron, soit en l’immergeant dans un grand volume d’eau, soit en le découpant en morceaux que vous ferez cuire avec un peu d’eau dans une casserole couverte. Ecrasez la chair du potimarron (à la fourchette, cela marche très bien). Salez si vous le souhaitez. Répartissez le potimarron sur la pâte, disposez des lamelles de comté au-dessus de l’ensemble et enfournez, à four chaud, pendant envron 20 minutes (à 180°C, c’est bien).

A déguster, par exemple, avant de participer à la lecture marathon de La Princesse de Clèves le lundi 16 février, devant le Panthéon, à partir de 15h. Tout le monde peut participer!

Mise à jour du 11 février:

Le Comié Lafayette du pays d’Aix organise une lecture-marathon de La Princesse de Clèves, décidément subversive, le mercredi 18 février de 14h à 20h, place de la Mairie à Aix.

Et une autre manifestation à Grenoble: De quoi La Princesse de Clèves est-elle le non? Jeudi 12 février de 13h30-15h30, amphi 5.

Mise à jour du 14 février:

D’autres lectures, à Montpellier le jeudi 19 janvier. Rendez-vous à 14h devant le café Joseph, place Jean-Jaurès et à Tours le lundi 16 février (texte original et traductions en différentes langues). A Tours, l’ouverture de la lecture se fera à l’Université, 3 rue des Tanneurs, dans le hall, puis salle 67. La fin de la lecture se fera à 20, à la librairie La Boîte à Livres, 19 rue Nationale. Signalons également diverses lectures de proximité un peu partout dans la ville. Avignon sera aussi de la partie le mardi 17 février, à la gare centrale, à partir de 15h30.

Source: Fabula.

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Le 2 février, l’Université s’arrête!

La situation est trop grave pour que je n’en parle pas, bien que j’aie quelque peu déserté mon blog pour corriger les copies (encore!), faire mes cours d’agreg (avec la réforme, plus pour longtemps…) et finir d’urgence ma thèse.

Le 2 février, l’Université s’arrête, parce que c’est l’ensemble de l’enseignement, de la maternelle à l’Université, et de la Recherche qui sont dynamités. Depuis de très nombreux mois, on nous répète que la recherche en France est mauvaise (sauf que le dernier prix Nobel de physique, Albert Fert, est français), que l’enseignement est au trente-sixième dessous, qu’il faut tout réformer. A coups de mensonges, on peut tout faire passer.

photo dépêche AFP

photo dépêche AFP

Ce n’est pas une crispation sur des prétendus privilèges de caste qui a lieu aujourd’hui. Nous sommes tous concernés par ces attaques violentes, parce que tous bénéficient des avancées d’une recherche qui – désolée, M. Sarkozy et Mme Pécresse  – est bien vivante et productive (et il ne suffit pas d’affirmer le contraire pour changer les choses), tous sont concernés, directement ou indirectement, par l’enseignement primaire, secondaire et supérieur dont on prétend sacrifier, aujourd’hui, la qualité.

Je n’ai pas le temps de détailler ces points nodaux sur lequels l’urgence se fait sentir. C’est la première fois que l’ensemble de la communauté universitaire française, de la droite conservatrice à l’extrême-gauche, entreprend un mouvement national de grève pédagogique, scientifique et administrative. Voici la carte de mobilisation: elle paraît blanche de loin, mais zoomez et double-cliquez, les établissements protestataires apparaîtront clairement… De manière générale, Fabula, dans le chapitre “Point de vue et débats”, relaie l’ensemble des textes et motions qui se bousculent ces derniers jours. Vous pouvez également consulter les sites de SLU et de SLR, en lien dans la colonne de droite sur mon blog.

Puisque les media ne relaient qu’à peine le mouvement et en déforment largement les raisons, c’est aux enseignants-chercheurs d’engager leur propre communication (merci à Nicolas Demorand sur France inter ce matin). La méconnaissance générale de nos conditions de travail (par exemple, vous doutez-vous que je suis généralement à 60 heures par semaine?) n’engage pas l’opinion publique à nous soutenir. Pourtant, tous sont concernés et menacés par l’entreprise de casse de l’enseignement primaire, secondaire, supérieur et de la recherche.

Pour quelques analyses des absurdités et des multiples dangers de ces réformes imposées au pas de course, on peut consulter des billets de Yoric (vous avez le droit de sauter les trucs bizarres qui parlent d’informatique, mais n’hésitez pas à remonter jusqu’aux billets de l’automne), mais ce n’est pas le seul.

La communauté des enseignants-chercheurs et des chercheurs exige:

- le retrait de la réforme en cours sur la formation et le recrutement des enseignants du secondaire

- le retrait du projet de réforme du décret sur le statut des enseignants-chercheurs

L’Université a besoin de réformes, nous en sommes tous d’accord (des propositions ont été formulées lors des Etats généraux de la Recherche en 2004, disponibles sur le site de SLR). Mais ces réformes doivent être élaborées en concertation avec l’ensemble de la communauté universitaire.

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Lasagne Day

En ce moment, je croule sous les copies: je corrige en série, souvent jusqu’à deux heures du matin avant d’attraper mon train pour la Picardie, vaille que vaille… Alors, quand j’ai vu se rapprocher dangereusement la date limite du Lasagne Day, je me suis demandée, entre un commentaire de “La Laitière et le pot au lait” et un autre sur “Le Chartier embourbé”, si je n’allais pas proposer des lasagnes de prof. Mesdames et messieurs… les voici!

Alors il vous faut:

  • cinq copies doubles, avec, si possible, tout plein de fautes d’orthographe
  • des perles d’étudiants
  • un stylo rouge

Bon, je l’admets, c’est un peu indigeste…

En fait, je ne ne suis pas certaine que chacun ait ces ingrédients sous la main. Voici donc une autre version, faite avec les fonds du réfrigérateur parce que je n’ai pas trop le temps de faire les courses. Le résultat est un peu trop salé à mon goût, mais j’ai l’habitude de manger sans sel.

lasagnes tomates courgettes chèvre

Lasagnes aux courgettes séchées, tomates confites, verts de poireaux et brebis frais

Pour deux personnes:

Pour la pâte:

  • 2 oeufs (en fait, une troisième couche eût été la bienvenue mais j’ai fait avec ce que j’avais: prévoir 3 oeufs peut-être)
  • 200g de farine, T 80 pour moi (300g si 3 oeufs)

Pour la garniture:

  • Courgettes séchées marinées dans l’huile
  • Tomates séchées confites dans l’huile (maison pour moi, donc à l’huile d’olive et à l’ail)
  • 1 fromage de brebis frais (120g, acheté au bio, c’est bien meilleur). Je verrai bien aussi la recette avec des tomates cerises, mais en l’état, je ne suis pas satisfaite de leur mode de production et de leurs emballages bien polluants.
  • 100g de comté
  • des verts de poireaux coupés en petits morceaux
  • un peu d’huile d’olive

Pour faire la pâte: sortez à l’avance vos oeufs afin qu’ils soient à température ambiante. Dans un saladier, versez la farine, faites un puits et cassez-y les oeufs. Mélangez puis passez au laminoir jusqu’à l’épaisseur souhaitée (moi, je m’arrête à l’avant-dernier cran) si vous avez une machine à pâtes. Sinon, étalez la pâte au rouleau à pâtisserie.

Dans un plat à gratin, versez un filet d’huile d’olive et déposez une première feuille de pâte fraîche. Répartissez des courgettes séchées, les tomates, et une partie du fromage frais. On peut éventuellement ajouter un peu de crème mais je ne l’ai pas fait. Recouvrez d’une feuille de pâte puis des verts de poireaux. Emiettez encore un peu de fromage frais. Alternez les couches en fonctions des quantités et de vos envies. Terminez par une couche de pâte recouverte de bon comté. Enfournez à chaud (180°C, au pif, car toujours pas de thermostat) pour demi-heure.

Voilou!

PS: les yoghourts marchent du tonnerre, je vous résume cela un de ces jours. Je tiens le bon bout, ça y est!

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Le Messie

Petite parenthèse musicale au milieu de tous ces yoghourts: la chorale à laquelle j’appartiens, le Choeur de Chambre de la Cité, chantera au mois de décembre Le Messie de Haendel. Le concert se tiendra à l’église Saint-Etienne-du-Mont dans le quartier latin, à Paris, les vendredi 12 décembre à 20h30 et dimanche 14 décembre à 15h.

Les solistes sont Diana Higbee (soprano), Damien Ferrante (alto), Andrew Sinclair (ténor) et Matthieu Lecroart (baryton basse) et nous serons dirigés par notre chère chef(taine) de choeur Anne-Marie Liénard.

Vous pouvez réserver directement auprès du Choeur de Chambre de la Cité: 01 42 72 79 93 ou à la FNAC (0892 683 622).

Il existe trois tarifs: 25 euros, 18 euros et 13 euros. Et en vous y prenant tôt (et en me contactant), le prix des places descend à 21, 15 et 10 euros).

Pour entendre ce que donne une thésarde de lettres hors de sa cuisine ou de sa salle de cours, vous voyez ce qui vous reste à faire!

Rhaaaa… Mon yoghourt de ce matin, il était super bon!

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